« Maman, tu sais je connais ton métier, tu dis toujours Pompes funèbres quand tu réponds au téléphone, donc tu vas chercher les Monsieur et Madame qui sont morts et après tu fais quoi ?» – « Oui ma chérie, je les ramène au funérarium, je les prépare pour qu’ils ‘montent au ciel’ » « Aaah oui maman, je comprends, tu les transformes en ange ! »
Si on demande à Océane quelle image pourrait lui correspondre, son prénom est déjà un indice. En effet, elle répond : « Je dirais l’eau, on dit de moi que je suis une force tranquille, mais qui peut se déchainer à certains moments.
C’est un événement familial qui m’a poussée à me rapprocher du métier, mais ce n’est que 10 ans plus tard que j’ai embrassé la profession. J’ai toujours été passionnée par ce métier que certains considèrent pourtant comme repoussant.
J’exerce depuis 2 ans. Un an en tant que stagiaire et depuis juin 2023, je suis devenue un membre effectif de l’équipe. Avant d’oser faire le pas dans ce « monde » qu’on considère encore fort tabou, je travaillais comme Assistante-Manager pour un magasin d’électro, télecom,.. J’aimais le contact avec le client, mais il me manquait un petit quelque chose, je n’étais pas pleinement accomplie.
J’ai alors suivi les cours du soir à l’IFAPME de Liège et j’ai surtout beaucoup appris avec mon maître de stage, Thierry Cals, pour lequel j’ai travaillé ensuite.
Ma famille a d’abord été surprise par ma décision car elle ne me voyait pas du tout dans ce domaine. Deux ans après, elle ne me voit plus travailler dans un autre domaine et mon papa est devenu un membre de l’équipe occasionnelle !
Ma mission, c’est celle d’apporter un peu de légèreté dans cette période de deuil, d’apporter à la famille endeuillée du soutien, du réconfort à mon échelle.
Ce que j’aime le plus, c’est l’accompagnement des familles et du défunt et, le préparer, lui apporter tous les soins nécessaires afin que la famille puisse se recueillir un dernier moment, ainsi que la reconnaissance à la fin des funérailles où le mot « MERCI » prend tout son sens. Mon point fort, je pense que c’est ma sympathie, mais surtout mon empathie. En outre, le fait que je sois la seule femme au sein de l’entreprise actuellement peut être réconfortant pour certaines familles.
Je m’intéresse beaucoup à la médecine légale, l’anatomie, et surtout à la thanatopraxie, j’envisage d’ailleurs de suivre cette formation l’année prochaine.
J’aimerais changer la vision qu’ont les gens de ce métier. J’ai souvent eu droit à des réflexions « Oh mais tu touches de la viande froide toute la journée, tu es en contact avec des cadavres tout le temps, …» et les questions un peu malsaines. En plus de la formation en thanatopraxie l’année prochaine, je ne serais pas contre une formation sur l’accompagnement des familles qui perdent un enfant, bébé.
Dans ce métier, le fait d’être une femme, est souvent une surprise lorsque je me rends sur une intervention. Les gens ne s’attendent pas à voir une « petite » dame sur place. Les appréhensions sont très vite effacées quand j’exécute le travail « comme un homme ». Comme dit plus haut, l’avantage que j’ai, je pense, c’est le fait d’être une femme, le contact passe plus facilement, surtout lorsqu’il s’agit de la perte d’un enfant. La douceur et l’empathie viennent automatiquement et apaisent un peu leur douleur.
J’ai été formée par Mr Thierry Cals, la rigueur, la satisfaction du travail bien fait et la reconnaissance par les familles sont les maîtres mots. J’ai énormément appris à ses côtés et je fais en sorte de maintenir ce cap et cette rigueur, c’est notre plus belle récompense.
J’aimerais laisser une empreinte positive et durable, être pour les familles une source de soutien et de guide dans leur phase de deuil. Le but est de créer un climat de confiance où elles se sentent écoutées, comprises et respectées dans leur douleur. Que chaque membre de la famille ayant perdu un proche, puisse faire son deuil à son rythme. Nous ne vivons jamais la même situation. Chez Cals, comme chez d’autres PF sans doute, nous sommes polyvalents, de l’appel téléphonique avec la famille, en passant par le transfert du défunt, sa préparation, la réception de la famille et la constitution du dossier administratif, nous prenons tout en charge du début à la fin.
Mon énergie, je la puise dans le soutien que m’apporte de ma famille, et ma fille en particulier. Je la trouve également encore une fois dans la reconnaissance que les familles témoignent envers nous. Une anecdote de ma fille : « Maman, tu sais je connais ton métier, tu dis toujours Pompes funèbres quand tu réponds au téléphone, donc tu vas chercher les Monsieur et Madame qui sont morts mais après tu fais quoi ?» – « Oui ma chérie, je les ramène au funérarium, je les prépare pour qu’ils ‘montent au ciel’ » « Aaah oui maman, je comprends, tu les transformes en ange ! »
Ce qui m’a touché le plus depuis que j’exerce ce métier, comme pour beaucoup je pense, c’est le décès d’un enfant. Le premier surtout; on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec sa propre vie et sa propre famille. Mais cela permet de se forger le caractère et d’apprendre à s’impliquer tout en maintenant une barrière avec sa propre vie privée. Je rencontre beaucoup de situations éprouvantes, c’est un peu la base de notre métier. Une épouse qui perd son époux après 60 ans de vie commune, un jeune papa qui s’ôte la vie sans laisser de raison, des parents qui perdent leur enfant dans un accident,… Il y a des familles qui nous touchent plus que d’autres, il y a toujours un moment éprouvant dans chaque décès que l’on côtoie.
Je me repose beaucoup sur le soutien de ma famille. Je leur parle de mon quotidien mais en préservant bien évidemment la confidentialité des familles endeuillées. En tant que femme dans le domaine des Pompes funèbres, mon objectif est d’apporter un soutien différent, chaleureux et empathique à chaque famille que j’accompagne. La sensibilité et l’écoute intuitive est souvent perçue différemment de celle d’un homme. Aujourd’hui, les mentalités changent, et les femmes prennent de plus en plus de place dans ce domaine. Je suis enfin épanouie, je me dévoue sans compter pour ce métier qui me passionne et où je suis enfin à ma place. »